ERLEND APNESETH TRIO
Norvège INÉDIT

Une musique unique en son genre, passant sans heurt d’un style à l’autre – impro, baroque, folk nordique, cimbalon soul, blues du désert… Un fer de lance du nouveau jazz made in Norway.

Erlend Apneseth  violon Hardanger, Stephan Meidell  guitare baryton, électronique, Øyvind Hegg-Lunde  batterie, percussions

Photo©DR

Le troisième album du trio d’Erlend Apneseth – nouvelle star norvégienne du violon Hardanger – construit sur les mêmes fondations que leur acclamé premier opus Det Andre Rommet (nominé pour un Grammy norvégien) et celles de son successeur Åra, est un passionnant mélange sonore contemporain, entre modernisme et archaïsme, mixé et coproduit par Jørgen Træen (Jaga Jazzist, Røyksopp …). Salika, Molika combine des éléments de la folk traditionnelle avec l’improvisation expérimentale et l’électronique pour produire une oeuvre hybride fascinante où les cordes pincées du violon et de la guitare baryton ou de la cithare, soutenues par les percussions, sont couplées à la technique du live sampling pour créer avec finesse des pavages sonores à motifs. La participation du célèbre compositeur et accordéoniste Frode Haltli – qui avait d’ailleurs invité Apneseth sur son dernier album Avant Folk (Hubro) – apporte une profondeur supplémentaire à ce mélange et l’enrichit, tout en nuançant le son d’ensemble, tandis que l’ajout de spoken word et de textures ambiantes – suivant un modèle déjà établi sur Ara – offre une couche discursive plus poussée au discours musical.
Pour le reste, Apneseth s’est entouré des membres habituels de son trio, deux protagonistes du catalogue Hubro : le guitariste Stephan Meidell membre de Cakewalk et qui a récemment publié son premier album en solo Metrics, ainsi que le batteur et percussionniste Øyvind Hegg-Lunde, moitié du duo Strings & Timpany qu’il forme avec Meidell et tiers de l’influent trio Building Instrument.
Un véritable super-groupe en somme.

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BUSHMAN'S REVENGE
Norvège INÉDIT

Un roc, un cap, une péninsule… Et 10 ans d’existence pour ce puissant trio devenu référence, qui mêle l’énergie du rock et la liberté du jazz de la manière la plus exaltante.

Even Helte Hermansen guitare, Rune Nergaard basse, Gard Nilssen batterie

Photo©DR

La musique opère sur plusieurs niveaux simultanément. On pourrait même croire au travail de plusieurs trios. Après un prélude hypnotique et expérimental qui installe une sorte de système atmosphérique audio, avec les glissandos délicats de la guitare soprano de Even Helte Hermansen déposés sur les rythmes “floydiens” de Gard Nilssen et les inhabituelles mesures gracieusement dansantes de la basse électrique de Rune Nergaard, Et hån mot overklassen (qu’on pourrait traduire par Une parodie des classes supérieures) déploie une forme étonnamment virtuose et progressive de jazz-rock. La guitare, la basse et la batterie respirent l’électricité du rock et les premiers morceaux suivent le schéma thème / impro / thème propre au jazz. Ensuite, les méandres de Hermansen atteignent leur vitesse de croisière, et les effets expressionnistes qu’il tire de sa pédale font vrombir sa guitare tout en épaississant la tonalité de l’ensemble. La musique prend alors progressivement une orientation plus exigeante, plus abrupte. C’est un peu comme si Cream jouait du Coltrane et vice-versa.
L’atmosphère globale est plus proche de ce qu’on pourrait entendre sur une bande originale de film ou une installation. C’est un voyage sonore faisant passer l’art du trio des sons miaigus particulièrement évocateurs des Sixties aux périodes très rock et hendrixiennes de McLaughlin, Coryell ou encore Scofield, puis, du progressif et du métal au noise et à la drone music.

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BUILDING INSTRUMENT
Norvège INÉDIT

Leur no man’s land entre électronique, pop organique, jazz et impro, possède quelque chose en plus, une fantaisie mystique, presque fantastique, extrêmement addictive.

Mari Kvien Brunvoll voix, cithare, percussions, samples et électronique, Øyvind Hegg-Lunde  batterie, percussions, Åsmund Weltzien synthétiseur, électronique

Photo©Klara SofieLudvigsen

Il est rare que des musiciens à la pointe de la pratique expérimentale travaillant essentiellement avec l’improvisation soient également en phase avec le style et le goût contemporain, et que leur travail qui va bien au delà de la démarche “populaire” ou “savante” résulte en une nouvelle forme authentique résonnant simultanément aux deux niveaux de cette opposition. C’est pourtant bien le cas de Building Instrument, trio norvégien basé à Bergen et composé par Mari Kvien Brunvoll (voix, samples, percussions, kazoo…), Øyvind Hegg-Lunde (batterie, percussions) et Åsmund Weltzien (synthétiseur, électronique, mélodica). Sur ce nouvel album, Mangelen Min (qui fait suite au premier opus éponyme (2014) et Kem Son Kan å Leve (2016), tous deux acclamés par la critique), ils mélangent des échos électroniques du baroque classique, des parties de batterie quasi mélodieuses, des chants fragiles mais puissants, des références à la musique balkanique et des sons de synthé graves et planants qu’on pourrait trouver sur la bande originale d’un film de Nicolas Winding Refn. Le résultat est une série continuellement déroutante d’arrangements subtils et finement nuancés aux variations incessantes.

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